And if ?

Février 2013

J'habite sur le trajet de la future LVG, ligne TVG qui ralliera, Poitiers à Bordeaux ... dans le but de faire gagner 30mn sur un voyage Paris - Bordeaux nous dit on à l'époque. Jusque là, rien de terrible, sauf qu'un projet de cette envergure est extrêmement gourmand en terrain occupé ou non. 

L'histoire de cet arbre commence chez un passionné du végétal, un autodidacte. Il plante ce qu'il aime et aime ce qu'il plante...

 

Il fait les marchés, d'abord comme petit maraicher, puis fleurs coupées. Son terrain est composé en grande partie de sable qu'il amande durant de longues années, la rivière situé de l'autre côté de la route, lui fourni l'eau dont il a besoin pour arroser; sa maison est petite mais il élève sa famille correctement... Bref tout pousse dans ce jardin. Vie paisible, en somme.

Le jour vient où on entend parler du projet, les premiers papiers, les lettres, les rendez-vous et la vente de la maison et du terrain. La maison est rasée, les haies broyées... Bizarrement, dans un premiers temps, ils laissent un chêne centenaire et un bosquet de Rhus et un Taxus. Quelques mois après, alors que les engins sont déjà là et que la base de travaux est déjà en place, le chêne est abattu.


 


 

La maison était là, laissant place à la base travaux...

Je passe alors tous les jours devant et je vois ce bosquet, qui de la route ne me paraît pas très grand. Je contacte le chef des travaux, il me dit que le bosquet va être, je cite, "défoncé" bientôt, et moi d'ajouter "je peux récupérer l'if ?"

- "Le ?"

- "Le truc vert, là "

-" Aaaah ok, t'as qu'à reculer ton camion et on te charge"
 

Il n'est pas énorme le camion, leur godet lui, si ! Et le taxus est bien plus grand de près, très grand. 
Le monstre de fer arrache le taxus comme on cueille une pâquerette, monstrueusement efficace !

 

Le chargement ne lui pose pas plus de problèmes, le camion craque, il souffre le bougre et pourtant je peux vous dire que ce petit camion en a vu passer dans sa pauvre vie de labeur...

Des amis qui sont routiers, avec des gros camions, me voit passer médusés : J'éclaire les étoiles !

 

Arrivé enfin à la maison, je tente de lever la benne de mon petit camion et amer constat, je ne peux pas !

Après viendra une lutte pour faire descendre le bestiau. Lutte gagnée grâce à un câble en acier et un frêne. Mais cet if se couche.

Comment faire pour soulever la motte?

Une photo avec les enfants pour donner une échelle...

(Ils étaient sages à cette époque, enfin, z'étaient surtout petits...)


J'essaye avec le tracteur et sa fourche, même constat :  ça ne lève pas !
Alors, je coupe les branches, puisque je ne souhaite garder que la base et les quelques branches basses, elles sont donc longues les grosses... Lève toujours pas...

 

J'attaque la motte, la bonne surprise : Que des radicelles ! Je fonce .



A la finale de 4, 5m et une motte de presque 2 tonnes il n'en restera qu'un multi-tronc de 70 cm de haut, transportable en brouette... placé en pleine terre durant 1 an :

 



un petit regard sur la pousse :

En aout 2013 : 

 

La pousse est bonne, il ne semble pas avoir trop souffert du transfert...

Les années qui suivent, je ne fais pas grand chose si ce n'est tailler façon topiaire. 

Tous les ans, je pense que j'ai dû me dire "il faut le sortir le gros", et puis non. 

 

Avril 2018. Un soir comme tous les autres, peut être un peu plus fatigué d'ailleurs mais pas envie de faire grand chose (si, si, je le jure) alors je décide juste de descendre à la pépinière histoire de cerner (couper les racines en vu de sortir l'an prochain) le gros if...

Curieusement, il a concervé une part de fines radicelles sur le pourtour de la motte et peu de pivots se sont formés et c'est avec une relative facilité que je le vois trembler...

 

La raison pour laquelle je n'ai jamais pu le sortir c'est que la pépinière, en période favorable pour le travail des arbres, est gorgée d'eau donc impossible d'accéder avec le tracteur, mais là, ce soir, je ne patauge pas. 

 

Alors, le gros matos : 

 

En le mettant à hauteur d'yeux, je me dis qu'il a trop évolué et que je ne sais pas comment faire pour travailler ce monstre, en tout cas quel choix pour la face, quel projet ???

 

Nettoyant la motte (elle est en l'air, suspendue à la fourche) je vois une possibilité .

 

 

La base semble pas si mauvaise de ce côté façon battu par les vents, il y a un bois mort sur le nébari, c'est cohérent en tout cas.

Un mica pot, énorme mica pot, moins moche qu'un fond de poubelle de 600 litres, de la pumice recupérée d'un autre gros arbre et : 

 

 

 

Reste à faire beaucoup de sélection au niveau aérien, mais ça c'est pour demain. (Ou après demain).

 

J'ai toujours un moment de doute quand je fais des opérations de cette envergure. Pour mémoire, j'ai tenté d'autres if après celui ci et ils m'ont claqué entre les mains... Et celui ci j'y tiens. 

 

Un mois après : 

 

 

C'est plutôt bon signe ! Le climat est favorable en 2018, eau et chaleur (moyenne) me permette d'apporter de l'engrais en quantité. Il en profite bien...

 

La même branche presque un mois après : 

 

 

En fait il profite grave le Pépère :) 

 

L'autre soucis c'est qu'il squatte ce qui me sert de pelouse, posé sur une vilaine palette. Je lui fais donc un support, plus près de ces (tout petits) camarades.  

 

Sur le promontoir fraichement fait, il n'y restera que peu de temps. Simplement car dans cette position, il ne bénéficie pas de l'arrosage automatique et je suis obligé de l'arroser à la main. donc à coup de fourche de tracteur et de palettes, le voici reparti quelques mètres plus bas. 

Durant l'hiver 2018, lors d'un mail du Président de club, j'apprend que, je cite : "Le concours du nouveau talent est remplacé par un concours nouveau talent par équipe".  Dans l'idée, quelques personnes du club travaillent un arbre proposé par le club durant un laps de temps imparti...

 

Ma réponse fut que l'arbre doit être fichtrement gros pour être travaillé durant quelques heures par plusisuers personnes.

 

Et quelques temps/heures ensuite de proposer cet arbre ...

 

Je ferais deux voyages avec ce monstre dans mon camion direction du club. Le premier voyage pour le montrer en vrai, le second pour décider des branches à faire sauter le jours venu.

 

 

Sachant que les étiquettes rouges, c'est ce qui saute....

 

 

Petite mésaventure, participant à un atelier FFB sur Bordeaux, une personne bien placée nous indique (il y avait d'autres compétiteurs dans la salle) que le challenge ne se ferait plus sur la journée MAIS sur la DEMIE journée !!!!!

 

HORREUR ! 

 

Retour au club pour retirer la quasi totalité des branches marquées de rouges, et reprendre le plan d'attaque.

Entre temps, nous trouverons un 4ème larron. Et apprendrons quelques jours avant le D-day que c'est bien la journée entière...

 

Pffff

 

Encore une légère anecdote, me posant le jeudi soir d'avant le challenge pour nettoyer à la brosse laiton certaines parties du bois mort, je vois arriver un frelon... Gentiment celui ci rentre dans la motte. Un trou de la taille de la main.

 

J'avais cru à un trou de lézard.

 

Puis un second frelon, puis encore un autre. N'écoutant que ma bétise primaire, c'est à grand coup de baguette de bambou que je solutionne le tout. Je remplis le trou de vieux substrat tamisé stocké un peu plus loin.

 

Le voyage se fera avec l'utilitaire de mon père, le voyage avec ma bétaillère jusqu'à Albi aurait été Dantesque, ou juste impossible.

 

Devrais je faire l'impasse sur l'anecdote à l'entrée du congrès EBA d'Albi ( photos de l'expo : http://kalima-ich.e-monsite.com/album-photos/albi-2019/  ) où l'on me demande de payer mon entrée pour déposer mon arbre ???

 

M'enfin, bref, le jours attendu arrive.

 

Les autres concurrents sont là. Sans trop d'appréhension, je regarde le matériel des concurrents : Un pin de taille moyenne des Filles du club Palois, un épicéa d'un club du nord, un junip très Chinois plus loin, un pin multi troncs vraiment étrange et une belle pierre en ciment-siporex...

 

Il n'y a pas photo, nous sommes le plus gros. Et également celui où il y a le plus de travail. 

8h53... Je ressens chez mes camarades de jeu comme une certaine fébrilité, donc j'en profite pour faire le couillon, et dédramatiser la situation. 

8h55... Photo de groupe devant le n'arbre et autorisation de Monsieur Augeix de commencer. 

8h59... Doc Eric reprend nos tâches et le "qui fait quoi". 

9h00 premier fil d'alu en main, GO GO GO.

 

Ensuite ça défile gentiment, Doc Rémi lui est au bois mort, pèle et jin, toute la journée. Pour ma part, comme Doc Eric, c'est ligature à l'arrière de l'arbre. Par soucis d'économie d'énergie et de fils, je ne ligature qu'au gros fil (diamètre 6). En milieu de matinée arrivera Philippe (le meilleur d'entre nous).

 

Je n'ai pas présenté mes camarades de Jeu...

-Doc Eric, diffèrentes écoles Française et Japonaise

-Doc Rémi, Ecole Japonaise

-Philippe, Ecole Italienne.

et donc moi. 

 

Le gros du travail reste de la ligature et vers 12h30 (?) je ferais une pause salutaire pour paser le relais d'une aubépine à Olic. ( http://kalima-ich.e-monsite.com/pages/quelques-projets/les-aubepines/l-arbre-de-mon-pote.html )

 

J'observe également les autres équipes. Il y a un truc qui me travaille, c'est que l'équipe de la pierre (composition sur roche) est étrangement super tranquille, je dois dire que je ne les ai pas trop vu travailler... Etrange, ou bien ils savent vraiment vers où ils vont...

 

Par deux fois dans la matinée, les juges sont venus nous voir et nous ont demandé de couper une branche qui ne va pas dans le sens des autres. Je m'y refuse. 

 

Olic est reparti, je reviens dans la salle, nos outils sont rangés, les coéquipiers partis manger. Donc direction flunch...

 

Devant ma "maxi andouillette" je fais un constat. Refuser les directives des juges c'est perdre. Mais les accepter c'est l'assurance d'avoir un arbre que je n'aimerais pas chez moi...

 

Cette branche coupe effectivement le mouvement des autres troncs. La retirer, c'est un jin qui vient vers l'observateur, pas mieux. La travailler partiellement en jin ? Encore plus visible.

Mais, avalant mon éclair au chocolat, c'est toujours les autres concurents que j'ai à l'esprit... Je ne suis pas venu là pour gagner mais j'avoues que ramener un truc au club, j'apprécierais.

 

De retour devant l'arbre, mes co équipiers sont de nouveau à la tâche. Certains autres concurents n'ont pas trop avancé, nous, en comparaison sommes vraiment bien.

 

La fin de l'épreuve approche et la compo sur roche a vite était monté, du peu que je peux en voir, elle est belle.

Un autre passage de juges pour "elle est toujours là cette branche ? Elle masque superbement tout ce qui est beau dans l'arbre". Pour moi la messe est dite.

 

A la fin du temps :

 

 

Les juges devant et en pleine discution :

 

 

Et la photo souvenir. Je vous avoue que seul devant j'ai failli verser une larme.

 

 

Une larme... Non pas que j'étais triste, non, mais plutôt très content du travail réalisé, conscient du chemin de cet arbre et que, bien sur, seul je n'aurais surement jamais pu avoir un tel résultat. 

 

18h. fin du concours. Les résultats seront donnés durant la soirée, j'en profite pour dire à mes co équipiers qu'il y avait peut être un nid de frelons dans le pot... C'est curieux, ça ne les fait pas rire. 

Vers 21h, je suis sur la route et je reçois un message de Doc Eric, c'est la compo sur roche qui remporte le challenge. Doc Eric reçoit d'ailleurs un prix pour son bosquet d'Erables, déjà récompensé à Maulévrier en 2018.

 

21h30 je suis à la maison, l'arbre rejoint ces palettes, une bise aux poneys, je suis rentré.

 

Septembre 2019.

Albi est bien loin de mes pensées et je n'ai pas pu ramener cet arbre au club pour le faire déligaturer aux débutants comme je l'avais prévu (la faute à un voyage de ma fille en Irlande, autre histoire).

C'est donc seul que je retire les ligatures du Gros. Le constat est simple, il a bien repris, les pousses sont nombreuses et assez bien réparties sur le vieux bois

 

Ces pousses ou bourgeons (enfin surtout ceux qui ont réchappé au retirage de la ligature, me permettront de compacter encore l'arbre.

Pour le moment et jusqu'au printemps 2020, je le laisse faire. Se refaire de forces, des racines.

  

 

Pour le regard expérimenté du lecteur, oui, il y a de l'herbe au pied de cet if. J'en ai conscience. :P

 

Février 2020.

 

Je prends la décision de rempoter (en avance pour la saison) ce gros if. Dans un premier temps, c'est les ciseaux qui travaillent pour revenir fort en arrière. En effet, suite aux travaux d'Albi, il avait fait pleins de bourgeons intérieurs. C'est maintenant ces bourgeons que je souhaite se voir se dévellopper afin de le compacter.

 

Le voici plus léger, m'enfin pour le lever, il faut toujours le tracteur et la fourche... Le racinaire est bon, les radicelles nombreuses mais un reste de grosses racines pivots m'empèche de le mettre convenablement dans le pot.

Je me contente de lui faire un "col roulé" pour remonter le substrat au niveau du collet.  

C'est moche, mais je souhaite prendre mon temps avec cet arbre.

 

Et le temps passe.

 

ça passe vite ou pas assez vite, n'empêche, je ne vois rien bouger sur cet if et j'avoues que ça commence un peu à me faire peur. Et puis mi février 2020, enfin les jeunes pousses arrivent.

 

 

Maintenant, je laisse pousser cette année 2020 sans rien toucher.

 

Mars 2021.

Les bourgeons ont commencé à gonfler tôt cette année, mais c'est durant une après midi fraiche que je m'attaque à cet if. (et dire que je partais pour travailler mes mame... LOL).

 

Donc le voici avant, la pousse a été essentiellement en tête.

 

.   

A la manière d'un feuillu, c'est aux ciseaux que je fais le plus gros du travail et j'en fais tomber... Tout ce qui monte, qui a trop poussé, à chaque fois que je peux compacter, etc etc...

Ensuite, quelques fils de ligatures pour repositionner des branches qui se sont relevées ça et là. 

Cette année 2021, je pense que je vais faire un mix entre le laisser pousser et la taille. L'idée c'est aussi de faire forcir les branches du bas.

 

Sauf qu'en juillet 2021, je relie un article sur l'if et le mékiri qui doit se faire à cette époque et en plus j'ai bidouillé ma grosse table élévatrice (lit médical) qui fonctionne super bien, alors, j'en profite pour mettre le monstre sur la table, le prendre en photo et tailler .

  

 

 

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